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  • : L'archipel de Théo
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  • : M'évader, rêver, crier, en un mot écrire ! Modeler la vie avec des mots et les partager avec ceux qui s'évadent, qui rêvent et qui crient. Partager les coups de coeur ou de colère aussi.
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Bienvenue à vous, qui aimez les mots, les voyages et le rêve ...
Je fais mienne cette phrase de René CHAR  : 

"La  poésie me volera ma mort"

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 23:01
La belle cordière et le poète séducteur : Louise LABE (ou LABBE) et Olivier De MAGNY

Louise LABE :






Je l'imagine, elle a les yeux noisettes
Je les aurais pour moi bleus préférés
Mais ses cheveux sont blonds comme vous êtes
ô mes cheveux mordorés et dorés


Louis Aragon


¤

Un Ange


Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues,
Ô jours luisants vainement retournée !

Ô tristes plaints, ô désirs obstiné,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô milles morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destiné !

Ô ris, ô front, cheveux bras mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d'endroits d'iceux mon coeur tâtant,
N'en ai sur toi volé quelque étincelle.


Louise Labé
Deuxième Sonnet
Sonnets, Élégies, Épitres


¤

Olivier de Magny





Je vois la Saône et le Rhône s’éprendre
Elle de lui comme eux deux séparés
Il la regarde et le soleil descendre
Elle a seize ans et n’a jamais pleuré


Aragon




Fille, puis épouse de cordier, Louise Labé naquit près de Lyon vers 1524. Une belle âme dans une superbe enveloppe, mariée à 16 ans à un mari plus âgé qui ne lui donnera pas d’enfant. Sportive et musicienne (écuyère remarquable et luthiste de talent), elle séduit aussi par sa voix mélodieuse … avant d’être elle-même séduite par un poète volage, hélas ! Olivier de Magny, poète cadurcien, ami de Ronsard et de Du Bellay. Ils se rencontrèrent lors d’un passage d’Olivier à Lyon, en 1555.

Amour passionné et violent … Mais le jeune poète à la plume ardente est aussi un globe-trotter passionné et il repart courir le monde… Laissant Louise seule avec son corps et ses fantasmes … Dans ce lit où elle l’oubliera.

Le « Lit de Louise » ; Pierre Lartigue a écrit à son propos :

« C’est un lit qu’elle a en tête, celui où elle songe, se repaît de mensonge, celui où elle tient son amant accolé par une heureuse mort », où elle réclame « le droit à la folie ».

Ne pouvant se résigner à la solitude, elle naîtra dans ce lit à la vie de son corps … D’où les accents si modernes de sa poésie de femme libérée.
Et à son retour, Olivier connaîtra de ce fait un terrible dépit amoureux, qui donnera naissance à une ode violente écrite au mari de Louise, Sir Aymon …

Puis il la fuit, il se fuit, il s’enfuit…
Et meurt quelque part en France en 1561.
Louise le suivra dans la tombe en 1565.

Et sans doute la colombe a-t-elle rejoint son épervier, par delà les nuages … C’est en tout cas ce que je veux croire, et tous les poètes amoureux avec moi …



LOUISE LABE



BAISE M'ENCOR


Baise m'encor, rebaise-moy et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendrai quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu ? Ca que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslant nos baisers tant heureus
Jouissons nous l'un de l'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m'amour penser quelque folie :

Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.


DOUX REGARDS


O beaux yeux bruns, ô regards destournez
O chaus soupirs, ô larmes espandues,
O noires nuits vainement atendues,
O jours luisants vainement retournez :

O tristes pleins, ô désirs obstinez,
O temps perdu, ô peines despendues,
O mile morts en mile rets tendus,
O pires maus contre moy destinez.

O ris, ô fronts, cheveus, bras, mains et doits,
O lut pleintif, viole, archet et vois :
Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !

De toy me plein, que tant de feus portant,
En tant d'endrois d'iceus mon coeur tatant,
N'en est sur toy volé quelque estincelle.



OLIVIER DE MAGNY



BIENHEUREUX

Bienheureux soit le jour et le mois et l’année,
La saison et le temps, et l’heure et le moment,
Le pays et l’endroit où bienheureusement
Ma franche liberté me fut emprisonnée.

Bienheureux l’astre au ciel d’où vient ma destinée,
Et bienheureux l’ennui que j’eus premièrement,
Bienheureux aussi l’arc, le trait et le tourment
Et la plaie que j’ai dans le cœur assenée.

Bienheureux soient les cris que j’ai jetés au vent,
Le nom de ma maîtresse appelant si souvent,
Et bienheureux mes pleurs, mes soupirs et mon zèle,
Bienheureux le papier que j’emplis de son los (*),

Bienheureux mon esprit qui n’a point de repos
Et mon penser aussi qui n’est d’autre que d’elle.


(*) : de sa louange


QUEL FEU DIVIN


Quel feu divin s’allume en ma poitrine
Quelle fureur me vient ore (*) irriter ?
Et mes esprits saintement agiter
Par les rayons d’une flamme divine ?

Ce petit dieu de qui la force insigne
Sur les grands dieux se peut exerciter (*)
Viendrait-il bien dans mon âme exciter
Cette chaleur d’immortalité digne ?

C’est lui, c’est lui, qui souffle cette ardeur,
Car jà déjà je fleure sa grandeur,
Me bienheurant d’une nouvelle vie.

Sus donc, sus donc, profanes, hors d’ici,
Voici le dieu, je le sens, le voici,
Qui de fureur m’a jà (*) l’âme ravie.


(*)Ici et/ou maintenant
(*)s’exercer
(*)Déjà



LOUISE LABE


ON VOIT MOURIR …


On voit mourir toute chose animée,
Lors que du corps l’âme subtile part :
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Où es-tu donc, ô âme bien aimée ?

Ne me laissez pour si longtemps pâmée :
Pour me sauver vous viendriez trop tard.
Las ! Ne mets point ton corps en ce hasard :
Rends lui sa part et moitié estimée.

Mais fais, Ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L’accompagnant, non de sévérité,

Non de rigueur, mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.



A méditer ...



Théo


Sur Olivier de Magny, on peut voir par exemple :

http://www.quercy.net/hommes/omagny.html

et bien sûr webnet, le site le plus riche à ma connaissance ! :
http://poesie.webnet.fr/auteurs/demagny.html


Et sur Louise Labé :

Le centre Louise Labé, http://sites.univ-lyon2.fr/centre-louise-labe/

Webnet : http://poesie.webnet.fr/auteurs/labe.html

Et par exemple : http://www.fh-augsburg.de/~harsch/gallica/Chronologie/16siecle/Labe/lab_int…
_________________

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commentaires

Théo 17/12/2012 10:41


merci pour ce fidèle et très bel hommage !


Amicalement 


 


Théo 

Cochonfucius 17/12/2012 10:16


Un hommage à Olivier de Magny :


*


D’inspiration, cette fureur divine,
Jamais ne peut un voyant s’abriter :
Au fond de lui, se prend à miroiter
Un univers que son coeur imagine.
*
De ces éclats que son esprit devine,
Il fait des mots qu’il veut expliciter ;
À les ouïr chacun est invité,
C’est à cela que l’auteur les destine.
*
Il les répand par les champs et la ville,
En palais noble et en demeure vile
Où l’on s’éjouit de l’entendre chanter.
*
Puis il retourne en sa sombre cambuse,
Car il attend la venue de la muse
Pour nouveaux chants en ce monde enfanter.


 


 


 

Théo 18/06/2008 22:50

Oh, Mésange, j'aime la façon dont tu approches les choses ... L'âme - soeur, que nous cherchons tous. Et toujours lever la tête, pour chercher les réponses plus haut ... J'aime ça moi aussi !
Merci pour tes commentaires qui m'enchantent toujours :-)

Mésange 18/06/2008 15:58

Oui, j'ai médité là-dessus Théo... et je reste avec cette impression d'immense solitude intérieure (voire mortelle solitude) qui nous accable quand le corps et l'âme se séparent, eux qui seuls épousés nous rendent "vivant". Quand on parle de "se donner corps et âme"... c'est bien à cela que l'on fait illusion, cette double présence en nous qui est telle un phare sur la quête d'un chemin, d'une raison de vivre. Il y a aussi l'âme soeur, ce double écho spirituel qui agit aussi selon moi, dans le même esprit, telle une lumière. Ça me laisse très songeuse... et j'aime ça! Merci pour ce beau partage et pour le moment de réflexion, Théo...

Théo 17/06/2008 18:42

Que de belles références, Robert ! :-))
L'âme, l'âme ? Tu as vu une âme ? Où ça ?

Mes amitiés
Un autre inconditionnel d'Aragon