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Bienvenue à vous, qui aimez les mots, les voyages et le rêve ...
Je fais mienne cette phrase de René CHAR  : 

"La  poésie me volera ma mort"

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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 19:32
Edgar Allan Poë
 

 



Biographie

 
Fils de comédiens désargentés,Edgar Poë est adopté après leur mort par un riche négociant avec qui il voyage en Europe Il fait de brillantes études en Angleterre puis intègre l'école militaire américaine de West Point d'où il est rapidement renvoyé. Il commence à écrire en 1829 alors qu'il s'est réfugié chez sa tante à Baltimore. Il se marie avec sa cousine, avec laquelle il mène une vie misérable. Déjà alcoolique et sujet aux crises hypocondriaques, il est encore fragilisé par la mort de sa femme, âgée de vingt-cinq ans en 1847. Il meurt deux ans plus tard à l'hôpital. Longtemps considéré comme un poète maudit, ses écrits fantastiques et cauchemardesques, tel le recueil de contes "Histoires fantastiques", sont aujourd'hui reconnus comme précurseurs du surréalisme, mais aussi du roman policier « scientifique » (Double assassinat dans la Rue Morgue, Le Mystère de Marie Roget et La Lettre volée). Après sa mort, c'est grâce aux traductions de Baudelaire qu'Edgar Poë est devenu célèbre. Au vingtième siècle, Mallarmé à son tour traduisit Poë.

Œuvre
 
Edgar Poë a laissé une importante œuvre théorique, influencée par August Wilhelm Schlegel et Coleridge, qui permet de donner sens à son œuvre. Ses réflexions littéraires renvoient à ses conceptions cosmogoniques Dans Eureka, il explique que l'univers, à l'origine, était marqué par l'unicité. De même, en littérature, l'unité doit l'emporter sur toute autre considération. D'où la théorie de l'effet unique qu'il développe dans Philosophie de la composition (traduit par Baudelaire sous le titre de Genèse d'un poème): le but final de l'art est esthétique, c'est-à-dire l'effet qu'il crée chez le lecteur. L'univers, dit-il, est un poème de Dieu, c'est-à-dire qu'il est parfait. Mais l'Homme, aveugle aux œuvres de Dieu, ne voit pas cette perfection. C'est au poète, qui à l'intuition de cette perfection, grâce à son imagination créatrice, de la faire connaître à l'humanité.
Nombre d'histoires d'Edgar Poë, principalement celles qui devaient figurer dans les Contes de l'In-Folio, qu'elles relèvent du tragique ou du comique, appartiennent au registre de la parodie. Son but est de démontrer l'inconsistance des fausses gloires de son temps, dont seuls quelques-uns ont échappé à l'oubli. Ainsi, Metzengerstein parodie les horreurs inventées dans les romans gothiques, comme Le Château d'Otrante d'Horace Walpole ou Les Elixirs du diable d'E.T.A. Hoffmann.


LE CORBEAU

E.A. POË

Traduction de Stéphane Mallarmé



 


Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m'appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié - tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque : soudain se fit un heurt, comme de quelqu'un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre - cela seul et rien de plus.
Ah! distinctement je me souviens que c'était en le glacial Décembre : et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je souhaitais le jour - vainement j'avais cherché d'emprunter à mes livres un sursis au chagrin - au chagrin de la Lénore perdue - de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore : - de nom pour elle ici, non, jamais plus !
Et de la soie l'incertain et triste bruissement en chaque rideau purpural me traversait - m'emplissait de fantastiques terreurs pas senties encore : si bien que, pour calmer le battement de mon cceur, je demeurais maintenant à répéter « C'est quelque visiteur qui sollicite l'entrée, à la porte de ma chambre - quelque visiteur qui sollicite l'entrée, à la porte de ma chambre ; c'est cela et rien de plus. »
Mon âme devint subitement plus forte et, n'hésitant davantage « Monsieur, dis-je, ou Madame, j'implore véritablement votre pardon ; mais le fait est que je somnolais et vous vîntes si doucement frapper, et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte de ma chambre, que j'étais à peine sûr de vous avoir entendu. » - Ici j'ouvris, grande, la porte : les ténèbres et rien de plus.
Loin dans l'ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m'étonner et craindre, à rêver des rêves qu'aucun mortel n'avait osé rêver encore ; mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe : et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté « Lénore ! » Je le chuchotai - et un écho murmura de retour le mot « Lénore ! » - purement cela et rien de plus.
Rentrant dans la chambre, toute mon âme en feu, j'entendis bientôt un heurt en quelque sorte plus fort qu'auparavant, et, sûrement, dis-je, sûrement c'est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce qu'il y a et explorons ce mystère - que mon cœur se calme un moment et explore ce mystère ; c'est le vent et rien de plus.
Au large je poussai le volet ; quand, avec maints enjouement et agitation d'ailes, entra un majestueux Corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s'arrëta ni n'hésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre - se percha sur un buste de Pallas - juste au-dessus de la porte de ma chambre - se percha, siégea et rien de plus.
Alors cet oiseau d'ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu'il eut : « Quoique ta crête soit chue et rase, non ! dis-je, tu n'es pas pour sûr un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit - dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. » Le Corbeau dit : « Jamais plus. »
Je m'émerveillai fort d'entendre ce disgracieux volatile s'énoncer aussi clairement, quoique sa réponse n'eût que peu de sens et peu d'à propos ; car on ne peut s'empêcher de convenir que nul homme vivant n'eut encore l'heur de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre - un oiseau ou toute autre bête sur le buste sculpté, au-dessus de la porte de sa chambre, avec un nom tel que : « Jamais plus. »
Mais le Corbeau, perché solitairement sur ce buste placide, parla ce seul mot comme si, son âme, en ce seul mot, il la répandait. Je ne proférai donc rien de plus : il n'agita donc pas de plume - jusqu'à ce que je fis à peine davantage que marmotter « D'autres amis déjà ont pris leur vol - demain il me laissera comme mes Espérances déjà ont pris leur vol. » Alors l'oiseau dit : « Jamais plus. »
Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée : « Sans doute, dis-je, ce qu'il profère est tout son fonds et son bagage, pris à quelque malheureux maître que l'impitoyable Désastre suivit de près et de très près suivit jusqu'à ce que ses chansons comportassent un unique refrain ; jusqu'à ce que les chants funèbres de son Espérance comportassent le mélancolique refrain de « Jamais - jamais plus. »
Le Corbeau induisant toute ma triste âme encore au sourire, je roulai soudain un siège à coussins en face de l'oiseau et du buste dans le velours, je me pris à enchaîner songerie à cela, je m'assis occupé à le conjecturer, mais n'adressant pas une syllabe à l'oiseau dont les yeux de feu brûlaient, maintenant, au fond de mon sein ; cela et plus encore, je m'assis pour le deviner, ma tête reposant à l'aise sur la housse de velours des coussins que dévorait la lumière de la lampe, housse violette de velours dévoré par la lumière de la lampe qu'Elle ne pressera plus, ah! jamais plus.
L'air, me sembla-t-il, devint alors plus dense, parfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans sa chute, tintait sur l'étoffe du parquet. « Misérable, m'écriai-je, ton Dieu t'a prêté - il t'a envoyé, par ces anges, le répit - le répit et le népenthès dans ta mémoire de Lénore ! Bois ! oh ! bois ce bon népenthès et oublie cette Lénore perdue! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Prophète, dis-je, être de malheur! prophète, oui, oiseau ou démon ! Que si le Tentateur t'envoya ou la tempête t'échoua vers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée - vers ce logis par l'horreur hanté : dis-moi véritablement, je t'implore ! y a-t-il du baume en Judée ? - dis-moi, je t'implore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus! »
« Prophète, dis je, être de malheur ! prophète, oui, oiseau ou démon ! Par les Cieux sur nous épars - et le Dieu que nous adorons tous deux - dis à cette âme de chagrin chargée si, dans le distant Eden, elle doit embrasser une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore - embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit, » hurlai-je, en me dressant. « Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qu'a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon cœur et jette ta forme loin de ma porte ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus! »
Et le Corbeau, sans voleter, siège encore - siège encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux d'un démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s'élèvera - jamais plus !



 


Source
 

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commentaires

Théo 26/04/2008 16:42

Merci Violette, il me reste à trouver l'édition originale :)

Amitiés

marinachili 26/04/2008 09:00

Me voilà un peu plus savante avec cette biographie. Bravo pour ton blog. Bises. Violette